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lundi 5 mars 2012

je sors en boîte 2

Je débarque dans ce karaoké du centre-ville, en compagnie de Mike et Karen. Ca commence très chaud avec un petit boudin qui geint bravement son Joe le taxi, dandinements sensuels à hurler de rire, remugles alcoolisés, déjà. Ce karaoké, c'est pour tester notre capacité de survie dans le beauf world. Si on survit à cela, on survit à beaucoup de choses. Je prends une bière, consulte le catalogue. Si un jour je reviens ici, je leur chanterai L'accordéon, de Gainsbourg, histoire de changer des cocottes eighties dont je n'ai strictement rien à faire.
Ca se passe moins bien pour Mike, à un moment donné. C'est à cause du petit boudin. Après quelques minutes d'interruption, consacrées à brancher un ou deux mecs (elle croit peut-être que ce sont des producteurs, va savoir), la pseudo-artiste nous remet le couvert avec Paradis: Marilyn et John. Karen se fend la gueule, moi aussi, mais avec la main devant la bouche, aussi discrètement que possible. L'endroit n'est pas très grand, du coup il est vite rempli. Des habitués, des occasionnels, je ne sais pas trop... Devant nous, un quintette de pouffettes, la petite vingtaine en moyenne, dont une va massacrer, dans quelques minutes, Andy des Rita. Mike ne sera pas là pour applaudir. Mike est-il mort? Non, Mike se prend Marilyn et John dans les trompes d'eustache et le problème, c'est que c'est non seulement un grand mélomane de niveau conservatoire, formé au classique, mais également un authentique auteur- compositeur. Doté d'une oreille sensible. Et je pourrais même dire qu'il possède une oreille interne particulièrement impressionnable. Tu me diras, l'oreille externe et l'oreille interne, ce n'est pas la même chose. La deuxième se préoccupe moins d'audition, pour autant que je sache (corrige-moi fraternellement si je m'égare). Il n'empêche. Mike se lève, va aux chiottes. Le petit boudin finit de déchoir de son Paradis. Andy, à présent, n'est pas gentil, etc. Mike revient, quelques minutes plus tard. Karen et moi, on a cru bêtement qu'il est allé pisser trois litres de bière, ou qu'il a pondu un gâteau au chocolat, mais du tout: il a dû carrément poser une kiche car il n'en pouvait plus des vagissements de l'autre. Mike est très éclectique, musicalement, il ne faut pas croire; mais il est également très rigoureux et là, franchement, ce n'était plus possible.
Pas gêné, il reprend sa bière tandis qu'au bout du compte, l'autre truffe d'Andy ramasse son parapluie et se taille. L'ultime test, maintenant: un quinqua en jeans, accompagné de madame, se propose de nous faire subir le Mike Brant medley de la muerte. Avec pose artiste décontract', au bar, un bout de fesse sur un tabouret, style et tout. Le pro qui a l'habitude, quoi.
Cette fois, on se marre ouvertement, notre Mike terrestre, Karen et moi. C'est trop fort, trop bon. On se dit qu'on va se faire jeter, qu'on est pas respectueux des autres, mais non. Tout de même, il reste assez d'humanité en nous pour compatir au sort du deejay qui se fracasse ça tous les soirs, ou presque.
Après Brant, nous décidons que c'est parfait, qu'on est chauds pour aller en boîte. Nous prenons congé, repassons par le videur black que nous saluons poliment, marchons dans une ou deux rues piétonnes du centre-ville et atterrissons dans un caveau.
Nous reprenons des binouzes puis allons nous dandiner tranquillement au milieu de la in crowd locale. On est un peu serrés et je me retrouve, au bout d'un certain temps, avec une petite brune à quelques centimètres de ma poitrine. Ni franchement canon, ni franchement thon. Average. Elle me regarde à plusieurs reprises, sans rien dire. Je ne lui rends pas son regard, ma vision va se perdre au-delà de sa tête. Je subodore une forme de sadisme, chez moi. Je me suis pris tellement de vestes que je me dis "eh bien, pour une fois, on va inverser la tendance". Et puis, outre le fait qu'elle est probablement venue avec son mec, je me trouve trop moche et trop vieux pour attirer qui que ce soit. La petite finit par s'éloigner, mais je ne suis pas sûr, en définitive, qu'elle ait un CDD affectivo-orgasmique avec un copain. De toute façon, Karen, Mike et moi, on se casse. On a eu notre dose. Quand nous récupérons la voiture, ça va, pas de pv. Je reprends ma sacoche que j'avais laissée dans le coffre. Dedans: littérature gothique américaine de la fin du dix-huitième siècle (Charles Brockden Brown). Plus un court (mais très bon) roman de Claudio Magris, Une autre mer.
Car vois-tu, même le samedi soir (ou très tôt le dimanche matin), même avec des boîtes pleines à craquer de corps féminins ondulants, je sais ce qui, en fait, est bon pour moi. Je sais ce qui retient mon attention de façon durable, et ce qu'au bout du compte je ne fais qu'approcher, en explorateur, en écrivain gonzo, pas en épicurien.
La preuve de ce que j'avance, c'est que non seulement tu as ce texte sous les yeux mais qu'en plus, tu m'as lu jusqu'au bout, toi qui as généralement tant de mal à me supporter.





2 commentaires:

  1. Petite jouissance hypothalamique supplémentaire : imaginer la Marilyn frémissante se faire gober par son micro tandis qu'une nuée de minuscules petits poissons parasites dévorent le moindre recoin de peau morte de ses pieds vernis... Elle donne des envies de cannibalisme

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  2. Chère Karen, je visualise très bien la chose.

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