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mardi 24 juin 2014

il ne se passe rien dans ce que j'écris et je m'en branle


Assis sur le siège de l'abribus, je regarde des traînées sèches que je suppose constituées de vieille pisse et d'antique dégueulis. Ça date de la veille, en somme. Ce n'est pas moi qui ai refait le dallage, je le jure. Moi, je suis juste là pour enregistrer, témoigner, mais ce n'est déjà pas mal. Des nanas avec et sans shorts passent devant moi, un rot avant-gardiste naît, prend son temps dans le creux de quelque part en moi, se fraie une route dans la viande avec une sorte de gutturation de supplice chinois, très posée, très recherchée; je le veux bien, en fait. Et puis, quand je dis "supplice chinois", ça ne veut pas dire que je n'aime pas les Chinois, d'ailleurs elle le sait bien, ma Chinoise sexy qui me sert à manger, dans une de mes cantines de prédilection. Le truc, c'est, entre autres, le gingembre au dessert.
— Ça fait bander, c'est ça?
— Ça augmente le tonus général. "Entre autres", ça signifie aussi qu'elle est très tactile, pour une Asiatique, et je trouve ça plutôt étonnant.
Le rot, finalement, sort, aussi lentement qu'il a réalisé sa gargouillante ascension dans mes entrailles d'Occidental usagé. Je crois que nous ne sommes plus loin de la fin du monde. À ma droite, les seins géants d'une publicité pour lingerie féminine. À ma gauche, des dizaines d'années de Marx, Freud et Darwin. Des milliers de livres. Dans mon téléphone également, une bibliothèque. J'ai envie de rapports sexuels mais j'ai téléchargé Ernest Hello.
Deux filles hésitent quelques secondes avant de se poser pas loin de moi, en attendant l'arrivée du prochain tram qui pue. Elles m'ont préalablement évalué, je le sais. Clodo? Non. Dragueur? Non. Bourré? Peut-être, mais silencieux. Keeps to himself, comme on dit en anglais. Sauf qu'elles ne parlent pas anglais, avec leurs cours de merde au lycée en carton où elles se font baiser-transformer en prothèses idéologiques. Pas trop de compassion de ma part, cela étant: la couleur rose portée sans jugeotte, c'est-à-dire le rose poufiasse, disqualifie pour les siècles des siècles.
C'est le soir, je ne vais pas retourner manger des algues et du riz thaï. Le soleil de juin ne se couche pas encore mais déjà retentit dans ma conscience crépusculaire l'appel de la bière artisanale (encore une adresse qu'il faut connaître; je la connais bien). Tout en me levant du siège qui commence à me lasser le fion, je vais détacher mes pieds du sol. Je me demande si ça va coller, sous mes semelles.
C'est la fin du monde, le tram approche, je m'en fous. Je vais monter, je ne vais pas monter, ça m'est égal, c'est la fin du monde et je ne me surprends pas à penser encore à toi.



lundi 16 juin 2014

Furious

Emanation directe de la revue Squeeze, Furious est un recueil de nouvelles initialement parues dans cette revue. Ecrites par la nouvelle génération d'auteurs francophones (Thomas Spok, Arnaud Modat, Olivier Bkz, Patrick Gomez Ruiz, Jordi Cardoner, Rip, Clélie Vian, Nounourz & Nihil), elles sont traduites en anglais par votre serviteur, sous le nom Stéphane Normand, et relues par Pascale CF. Disponible sur le site Furious et sur Smashwords.

A direct emanation of the French literary magazine Squeeze, Furious is a collection of short stories written by the new generation of French-speaking writers - Thomas Spok, Arnaud Modat, Olivier Bkz, Patrick Gomez Ruiz, Jordi Cardoner, Rip, Clélie Vian, Nounourz & Nihil. They are translated from the French by yours truly, under the name Stéphane Normand, and proofread by Pascale CF. Buy it online from Furious Edition or from Smashwords
























samedi 14 juin 2014

soleil


"Paul, que pensez-vous de La maladie d'amour, de Sardou?
— J'écoutais ça pendant l'été 73. Il faisait chaud, le ciel était bleu, dépourvu de fichiers MP3. Tu pissais de sueur dans les chemises de nylon à cols en pelles à tartes. On se faisait bien chier mais les transistors avaient de bonnes gueules. Tu arrivais encore à trouver des vestiges de la civilisation fuselée des années cinquante et soixante, ça se mélangeait avec les formes arrondies et les couleurs criardes implantées vers 1970. Les mecs avaient des cheveux qui tombaient sur les oreilles, des rouflaquettes. Surtout les plus jeunes et ceux qui en avaient besoin pour leur travail. Les vieux ne portaient pas de rouflaquettes, de pattes, de sideburns, comme on dit en anglais. La frontière de la pilosité demeurait strictement temporale. Ça ne descendait pas sous la racine des oreilles. Il y avait encore des chemisettes blanches et des pantalons de ville couleur anthracite au milieu des nanas (on disait souvent des "pépées") sans soutifs dans leurs t-shirts. J'ai aussi des images de jeunes Allemands qui venaient faire du tourisme en France. Comme à la grande époque. Sauf que dès qu'ils le pouvaient, ils expliquaient doucement, en particulier aux plus anciens, qu'ils détestaient le nazisme, qu'Adolf Hitler était une personne néfaste, et qu'ils souhaitaient la paix, entre autres avec tous les Français. Ils étaient tous blonds, les filles étaient solaires, on les voyait à poil dans les campings, avec leurs guitares. Ils étaient très polis, très clean. Je me souviens aussi de Pompidou qui transférait la viande des Halles à Rungis. Pas forcément, spécialement pendant l'été 73 mais, en gros.
— Oui mais Sardou?...
— Ahh euuh, Sardou, oui, La maladie d'amour, oui oui, tube de l'été, on l'entendait sans arrêt, à la radio. Pareil, à l'ORTF. J'aimais bien. L'été 73, pour moi, ça comprend des souvenirs indélébiles de l'Oise, de la Manche et de la Vendée..."



coupé du monde


"Putain, fais pas chier, j'te dis qu'j'ai pas envie de voir le match!"

jeudi 12 juin 2014

early seventies

J'aimerais me cloîtrer quelque part, ne plus voir personne, ne plus parler à personne (téléphone, Facegouffre, face-à-face), manger des livraisons de pizzas, de burgers, dormir, chier, gerber, regarder la télévision, me branler avec mélancolie, de temps en temps écrire une nullité, faire tout ça et réussir à passer pour un génie. Je voudrais être inaccessible, mourir dans un mystère qui, de ton point de vue, aurait le grave inconvénient d'être surtout un problème.








mercredi 11 juin 2014

regrets




Pendant qu'Eddie fait son discours, Charlie pense avec amertume au pq triple épaisseur en promo qu'il n'a pas eu la sagesse d'acheter. À présent, il est trop tard, la journée offres exceptionnelles, c'est fini. Il ne lui reste qu'un goût de cendres.

dimanche 8 juin 2014

souvenir d'une réunion d'équipe

Pouème de merde lu à l'occasion du Café des poètes du vendredi 6 juin 2014, à la brasserie Le Michel (20, avenue de la Marseillaise, Strasbourg). Le thème de ce jour était "l'Orient".

SOUVENIR D'UNE RÉUNION D'ÉQUIPE

Sur la terre des morts, à l'Extrême-Atlantide, se tenait une réunion d'équipe.
Une ceinture mortelle d'anus congelés était en orbite autour d'une table. 
L'ordre du jour précisait qu'il était urgent d'attendre et de programmer une autre réunion.
Sur la ligne d'un terrain vague, le vieil Osiris entamait la circumnavigation du désespoir.
J'étais là, car convoqué.
Par-delà l'horizon, la brisure du Facegouffre et la mutualisation des lemmings, j'ai songé à la curiosité du temps, à bord de la Station Spatiale Internationale. À 400 et quelques kilomètres d'altitude, ils ont, toutes les 90 minutes, une manière d'orient.
De là, le regard étiré, j'ai cherché la rose et le jasmin,
la qibla,
un arbre central, l'eau de vie d'une cité à douze portes.
Puis j'ai dit à l'équipe:
"Il faut que j'aille pisser."
et
"Je me prendrais bien une bière."
On m'a répondu:
"Ah, monsieur Sonde, insuffisance professionnelle, vous êtes licencié pour insuffisance professionnelle."
Alors j'ai fait un crochet par les toilettes et je suis parti.
J'ai tenté d'imaginer la rotation du globe en sens inverse, le rebours du rebours,
tandis que, dans la nuit du non-être,
un TER me ramenait chez moi.